« Gémir n’est pas de mise aux Marquises » J. Brel -2

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Jour 2 : Tiki souriant, Puamau (site de Lipona), Hanapaaoa, tombe de Jacques Brel et Paul Gauguin.

Le site archéologique de Utukua, situé dans la haute vallée de Punaei « Tiki souriant » est une star à Hiva Oa, c’est l’un des rares avec cette expression et cette forme… phallique… Le site aurait été un lieu où l’on pratiquait la « superincision » traditionnelle des garçons, d’où la forme du Tiki. On vient du monde entier pour le voir mais il sait se faire désirer. Malgré un plan succinct, nous avons un peu tourné. On vous donne l’info, il faut prendre entre les 2 cocotiers qui se trouvent sur le premier replat. Parce que des cocotiers… il y en a tout le long ! Une communauté très importante peuplait la vallée. Le site se compose principalement d’un espace de fête Tohua et d’un me’ae (marae). Il est étudié depuis 1925 et les dernières fouilles datent de 2007.

Le paysage change vite, à l’approche de la côte Nord. Nous ne pouvons pas résister aux différents points de vue. L’île de Fatu Huku nous accompagne jusqu’à Puamau. Dernière bourgade à l’Est d’Hiva Oa. La route, où plutôt, la piste se fait plus étroite depuis Mahoe. Sans 4×4, impossible de visiter ces villages surplombés de falaises.

Le village de puamau est un véritable jardin d’éden, les habitants entretiennent les abords et les jardins plantés de fruitiers sont joliment fleuris. On nous offre des caramboles, uru et papayes, histoire d’équilibrer notre pic-nic 😉 Après une pose lecture et quelques achats dans la seule et unique boutique de la côte (casse-croute, Miel), nous atteignons les grands tiki du site de Lipona.

Les tiki sont aujourd’hui protégés par des toitures en « niau ». La tradition raconte qu’ils furent édifiés pour célébrer la victoire d’un roi aux alentours du 16ème siècle. Nous remarquons une statue dans une position que nous n’avions encore jamais observée. Le Tiki « Makii taua te pepe » en tuf gris, il était à l’origine couché sur le dos et représente une femme entrain d’accoucher. L’imposant Tiki en tuf rouge (keetu), « Taka’i’i » représente un chef guerrier, c’est aussi le plus grand de Polynésie avec ses 2,67m ou 2,43m selon les sources ;). Le site a servi de plantation de café à un pasteur hawaiien que l’archéologie ne passionnait pas mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Puamau était une vaste vallée peuplée de guerriers. À l’époque, les Marquisiens ne vivaient pas en bord de mer, ils craignaient les tsunamis et les attaques ennemis. C’est pourquoi les vestiges se trouvent surtout loin de la plage.

Nous rencontrons deux marquisiens attendant un ami pour partir à la chasse au cochon sauvage. Nous les questionnons sur la possible présence d’autres Tiki plus haut dans la forêt. Leur, amis n’arrivant pas, ils décident de nous accompagner sur les terres de leur grand-mère où se trouve deux Tiki sur le me’ae (marae marquisien) du site de Te Fiifii. Sur l’un d’eux on distingue un trou a une de ses oreilles, certainement le signe d’un ornement. Il porte une de ses mains à sa bouche, cela serait le signe de l’humiliation d’un rival dévoré.

Les Marquisiens ont longtemps pratiqué l’anthropophagie. Vous connaissez peut-être le roman Taïpi de Herman MELVILLE l’auteur de Moby-Dick. Cet écrivain déserte le baleinier Acushnell lors d’une escale à Nuku Hiva et est recueillit par une tribu cannibale. Cette expérience lui permet d’écrire Taïpi qui sera un réel best-seller de son vivant.

Les jeunes nous expliquent qu’il y a d’autres Tiki encore plus haut mais que le chemin se perd dans la végétation.

Nous reprenons la piste et revenons sur nos pas pour un casse croûte bien mérité sur la plage de Maohe. Cette dernière est également la cours de l’école du village. Nous sommes en période de vacances scolaire, pas un crie d’enfant à l’horizon mais quelques graffiti témoignent de la créativité des élèves du bout du monde. Eux aussi rêvent de chasse aux trésor… équipés de la fameuse « quarte » 😉

À la recherche de notre dernier Tiki, nous prenons la piste direction Hanapaaoa (Hana= Baie ; Paaoa = Cétacés). La seule personne que nous croisons sera un marquisien à cheval… ça ne rassure pas vraiment sur l’état de la piste mais nous arrivons sans encombres à la cocoteraie de la bourgade. L’effervescence y règne. Le bateau vient récupérer le copra dans 3 jours. Les sacs doivent être prêts à partir pour l’huilerie de Tahiti afin de fournir la matière première pour le Monoï. Nous en profitons pour glaner quelques informations sur l’emplacement du Tiki Moeone. L’affaire ne va pas être simple…

La légende de Makaiaanui ce gros cochon qui est parti de ce petit village pour nourrir la population de Ua-Pou. « Toaketini », un grand chef de l’île de Ua Pou avait le pouvoir, lorsqu’il cuisait les os de cochon jetés dans les fougères, d’avoir de la viande. Le chef de Hiva Oa, « Akau’i », voulu vérifier la véracité de ce pouvoir et rama avec ces hommes jusqu’à l’île de Ua Pou. Une fois le four recouvert, Toaketini commença ses incantations. Quand on l’ouvrit, les os étaient brulés. Toaketini reconnu qu’il avait perdu son mana. Akau’i appela alors son cochon géant et lui demanda de nager jusqu’à lui. Pendant son voyage, Carangues et Bonites s’accrochèrent à ses poils. Puis il lui demanda de mourir. Une fois cuit, toute la population de Ua Pou pu manger à sa faim. L’empreinte de la patte de Makaiaanui est encore visible sur le gros rocher de la plage de Hanapaaoa et depuis ce temps, les pêcheurs de bonite fabriquent des leurres avec des poils de cochon.

Le tiki Moeone dont on vantait autrefois les mérites de rendre la pêche des habitants miraculeuse. Ce site situé en hauteur, est assez difficile à trouver si l’on ne fait pas appel aux habitants et même avec quelques indications, il est possible de passer devant l’embranchement… Nous avons fait fait un détour de 30 min (qui nous aura permis de faire une belle récolte de mangues et de citrons ! Nous ne pensions plus le trouver quand à quelques mètres de la voiture, on découvre un petit chemin montant droit dans une bananeraie. Le site, au sommet d’une petite crête, surplombe le village. La côte est raide, la sueur certaine et les nonos gourmands ! Je ne vous avais pas encore parlé de nos amis les Nonos. Sorte de petits moucherons qui piquent comme des moustiques. Ils sont très voraces aux Marquises.

On saute une dernière fois dans le 4×4, nous avons rendez-vous avec le grand Jacques avant la tombée de la nuit… Les habitants d’Hiva Oa aiment à se souvenir de Jacques Brel. Après 8 mois de voyage, il accoste dans la Baie d’Hiva Oa et s’adresse à sa compagne Madly : « Finalement nous restons ici. Le pays est beau, les habitants agréables, et Dieu merci, ils ne me connaissent pas ! » Il souhaitait s’éloigner des foules après avoir affronté un cancer. les distractions sont rares à Hiva Oa, Avec Madly il organise des goûters pour les écoliers, entreprend de monter un spectacle de variétés avec des danses, des sketches… et convainc le maire de construire une salle de projection. Le chanteur est tombé amoureux de l’île et de ses habitants, n’hésitant pas à mettre à disposition son avion « Jojo » pour transporter des malades vers l’hôpital de Tahiti. Décédé à Paris, il est inhumé sur « son île ». Impossible de louper sa tombe. Toujours bien entretenue, majestueuse de simplicité. Elle traduit, l’attachement des marquisiens et voyageurs, pour l’homme qu’il était.

Paul Gauguin n’a pas laissé le même souvenir… son intérêt pour les très jeunes filles y est certainement pour quelque chose. Sa tombe n’a pas toujours eu cette allure. Elle a longtemps été abandonnée mais des restaurations l’ont sauvée de l’anonymat. Après avoir vécu à Tahiti, le peintre s’installe à Hiva Oa en 1901 et y construit sa fameuse « maison du Jouir ». Il repose également au cimetière d’Atuona. Les deux artistes sont sous la protection d’une croix gigantesque et du mont Temetiu. Il est possible de visiter le centre culturel Gauguin et l’espace culturel Brel également à Atuona. Nous manquons de temps… On vous invite à nous faire passer vos impressions 😉

Rentrons vite à la pension, les langoustes ne nous attendront pas !

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