Traversons le Ha’ava (ou canal du Bordelais) large de 4 km et partons visiter l’île de Tahuata. D’une superficie de 61 km2 pour 653 habitants, elle possède 2 baies aux plages de sable blanc. C’est l’île marquisienne ayant le plus de formations coralliennes (-> et donc des plages de sable blanc). C’est une île volcanique haute dont on devine une partie de la caldeira dans le croissant. Il s’agit en fait de 2 volcans imbriqués. Tahuata est la première île de l’archipel à avoir été foulée par un Occidental, l’espagnol Alvaro de Mendaña. Le premier contact est rapporté comme ayant été sanglant. Les espagnols ont eu peur de marquisiens en surnombre, musclés et tatoués. L’explorateur baptise l’archipel « Las Marquesas de Mendoza », du nom de son mécène, le vice-roi du Pérou Don García Hurtado, marquis de Mendoza. Une stèle, à Vaitahu, rappelle cet épisode.


Ce matin nous sommes réveillés par des tambours et des chants. Le port, d’habitude si calme, est en ébullition. Le « Taporo IX » est à quai, ce navire mixte (fret/passagers) ravitaille l’île quasiment toutes les 2 semaines et à chaque fois c’est une fête.
Notre pension nous a permis de nous inscrire pour une visite de Tahuata avec Pifa O’connor (pifavae excursion), un Marquisien d’origine Irlandaise, vous l’avez remarqué 😉 . Guide est pour lui plus qu’un métier, c’est une véritable passion ! Ses connaissances sur la faune, la flore, l’histoire et les légendes de cet archipel, sont impressionnantes et documentées. Il avoue sont plaisir de partager sa culture avec authenticité. Bref une journée magnifique. Je ne peux que vous conseiller ce guide qui saura vous conter la marquises comme personne.

La journée commence tôt et le soleil déjà haut. Nous rencontrons nos comparses d’excursion, tous très motivés sans savoir réellement se que nous allons vivre. Pifa laisse volontier une part d’improvisation à dame nature. Nous embarquons dans un « Poti Marara ». C’est un bateau de pêche inventé par un polynésien, à l’origine pour pêcher le poisson volant (Marara) à l’épuisette. Aujourd’hui ce bateau est utilisé pour la pêche au « Mahi-Mahi » (Dorade coryphène) et cela s’apparente plus à une course poursuite qu’à de la pêche pépère 😉 La particularité de ce bateau est son poste de pilotage. Situé à l’avant, il dispose d’une barre en « manche à balais », ce qui permet de manoeuvrer à une main tout en tenant le harpon de l’autre.


À peine la Baie des Traitres derrière nous, Pifa demande à son cousin et capitaine de s’arrêter. Il a repéré de jeunes Raies Manta. Nous étions tous à la recherche de dauphins et sommes impressionnés par son observation. Il nous explique que l’endroit est stratégique pour les Raies, c’est leur station de lavage. La sortie n’étant pas prévue, nous n’avions pas apporté de masque. Heureusement, Pifa pense à tout ! Moi qui ne suis pas fan de la plongée et encore moins en pleine mer, je n’ai pas pu résister et étais la première dans l’eau, rapidement suivi par Naïs, toute excité par cette rencontre surprise. Nous ne pouvions pas imaginer que sous cette mer noire, un balais de toute beauté avait lieu. Vidéo ici !


Des étoiles pleins les yeux et l’impression d’avoir vécu un moment magique, le bateau prend maintenant la direction de Tahuata. L’île n’est accessible que par la mer, et s’offre comme un privilège.
Hapatoni, bourgade de 60 âmes est aussi connu comme le village des artisans. Les marquisiens sont reconnu pour la qualité de leurs sculptures en bois précieux, os, rostre de Marlins ou d’Espadons, cornes, pierres ou encore Ivoire végétal (fruit du palmier à ivoire le Phytelephas). Nous prenons quelques contacts pour aiguiller le père Noël…



Notre guide nous amène ensuite sur la voie royale du village (Une des dernière de Polynésie). Plus loin, de la musique attire notre attention. Un groupe de jeunes s’affairent à l’édification d’un Paepae (habitation). Une villageoise prend le temps de nous expliquer la technique de couverture de la toiture en palmier ainsi que la confection de corde en écorce d’hibiscus semi sèche. Le pan de toit au vent rejoint le sol pavé afin d’isoler l’habitation de l’humidité, l’autre pan est relativement bas afin d’éviter les projections d’eau à l’intérieur. Il y avait une hiérarchie dans la disposition des Paepae. Plus on était important, plus on logeait haut dans le village. Les jeunes ont profité des explications pour s’évanouir dans la nature mais seront vite récupéré. Pifa organise un stage d’immersion de 2 semaines dans la vie de Marquisiens de la fin du 17ème siècle pour un groupe de 10 personnes. Ils auront en charge de terminer la toiture.







Au bout de l’allée royale, l’Église de Hapatoni. L’histoire veut que les Tiki (qui symbolisent les ancêtres et grands guerriers) se trouvant sur les me’ae des alentours, aient été regroupés par les missionnaires catholiques. Ils ont demandé aux villageois de les enterrer, puis ont posé la dalle de l’Église directement dessus. Les éléments de culte païen rejoignent par la force des choses, le culte nouveau. Une pierre à Tatouage est visible juste à côté de l’édifice. Pifa nous explique toute la complexité des tatouages marquisiens. L’histoire des origines, des prouesses, de la fonction… tout est codifié. Il s’agit en fait d’une carte d’identité, de vie, de la personne. L’usurpation n’est pas permise et la cicatrisation, dans ces régions humides, est incertaine…


Notre escapade nous entraine à Vaitahu, la Capitale de l’île avec ses 200 habitants. C’est ici que l’histoire moderne des Marquises a commencée. Trois stèles sont regroupées, rappelant l’histoire de l’île : pour l’arrivée des Espagnols en 1595, en la mémoire des victimes d’affrontements entre Marquisiens et militaires français en 1838 et la prise de possession de l’archipel par l’amiral Français Dupetit-Thouars en 1842.
Nous sommes attendus par Jimmy qui nous a préparé un Kaikai (repas en Marquisien) traditionnel : Poisson cru au lait de coco, Chèvre au lait de coco, bananes cuites, Uru en grosse chips (remplaçant le pain), Mangues… Nous voyant arpenter son jardin, Jimmy vient à notre rencontre et nous présente ses 6 variétés de basilic. C’est un grand timide et un passionné de cuisine. En attendant le café, Pifa sort la guitare et Jimmy se fait désirer pour l’accompagner de son ukulele… Une fois lancés, on ne les arrête plus. À la demande, ils ont revisité toutes la variété française à la sauce marquisienne, de vrais jukebox !


Une visite de l’Église s’impose. Il s’agit d’une commande spéciale du Vatican. L’architecture moderne côtoie les matériaux locaux. Le me’ae, Lieu cérémoniel traditionnel n’est qu’à quelques mètres. Toutes les îles de l’archipel y ont déposé un tiki pour le 11ème Matavaa o te Fenua Enata (le Festival des arts des Marquises) en 2017.




Nous retournons dans notre Poti Marara pour finir notre escapade à lézarder sur une plage de sable fin… notre vie est terrible ! Mais Pifa repère d’autres Raies Mantas en chasse. Ni une ni deux, on saute à l’eau. Pifa n’a pas eu le temps de nous rappeler qu’à cet endroit le courant est fort… Le spectacle est superbe. Elles nous encerclent et nous frôlent. Pour en profiter un maximum, nous ne bougeons plus et profitons de leur danse. Quand on entent les passager du bateau nous appeler, nous sommes déjà bien loin. Je prends sur moi… et regagne tranquillement le bateau, cuite mais ravie !




Nous atteignons une plage bordée de falaises où se rassemblent quelques chevaux en toute liberté. Juste le temps de discuter avec un habitant, faire une caresse à son chien, il est déjà l’heure de rentrer.


Et pour se remettre de toutes ces émotions et célébrer notre dernière nuit sur la Terre des hommes, nous réservons une table dans l’hôtel « chic » de l’île, le Hanakee Pearl Lodge. Le cadre y est exceptionnel.



