En novembre, on profite de la réouverture des frontières Nord Américaines pour organiser notre première escapade à deux. Même si l’on reste en Polynésie, on tire plein Nord pour rendre visite aux cousins Hawaiiens. C’est un voyage que l’on avait prévu de faire avec Naïs… Le Covid en aura encore décidé autrement.

Le programme est chargé. On doit faire rentrer la visite de deux îles dans une petite semaine : Oahu et Hawaii (Big Island). Nous embarquons vers 23h et arrivons très tôt sur Honolulu. L’aéroport se réveille doucement tout comme les douaniers 😉 Dans la file d’attente, nous rencontrons un couple de Français résidant sur Honolulu depuis de nombreuses années. Ils sont désabusés… La vie y est selon eux, loin d’être authentique. On ne se fait pas d’illusions mais on jugera par nous même.



La journée attaque fort. A peine avons nous récupéré nos valises, nous quittons une équipe de surfeurs équipés pour toutes les houles et filons sur le site de Pearl Harbor. Le Mémorial étant une base active, les sacs y sont interdits. Nous savons qu’il sera possible de laisser nos valises (contre un bon billet, ça ne sera que le premier).
Nous arrivons bien avant les employés. En temps normal, il devrait déjà y avoir de nombreux visiteurs mais la pandémie à du bon, les touristes se font rares. De ce fait et pour plus de liberté, nous n’avons pas réservé de billets. L’organisation du site est déconcertante. Une grande entrée vous amène à des guichets que nous n’avons jamais vu ouverts. Beaucoup d’employés, de rangers, de guichets mais si le mémorial ouvre à 7h, aucune visite n’est possible avant 8h. En fait, il y a plusieurs visites possibles (Mémorial Arizona, USS Bowfin, USS Missouri et le musée de l’aviation ainsi que d’autres gratuites), à chaque fois un guichet. Nous avons prévu de faire la visite complète et cela représente un budget certain. Un conseil pour les militaires de tout pays, munissez-vous de vos justificatifs afin de bénéficier d’une belle réduction (et cela partout sur Hawaii, musée Bishop, location de surf et bien d’autres 😉 )


Le temps passant, nous divaguons dans le parc joliment aménagé et découvrons l’accès pour le mémorial du cuirassé USS Arizona. Nous n’avons aucun mal à embarquer sur la navette, si ce n’est de supporter le ton militaire des rangers sur place… La visite est gratuite mais il est préférable de réserver en période d’affluence.





Une fois sur place, nous sommes saisis par l’odeur de mazout. Depuis l’attaque du 7 décembre 1941 (plus de 70 ans !), le cuirassé rejette de fines goutes de pétrole formant des nappes en surface. Nous assistons au triste spectacle d’une tortue imbriquée, barbotant dans cette mixture. Il n’est pas envisagé de pomper les cales du navire. Cela symbolise les larmes des 1177 marins tués lors de l’attaque. Vu de l’extérieur, la Chapelle au dessus du cuirassé ne semble pas exceptionnelle mais une fois à l’intérieur, l’ambiance créée par la luminosité du site est saisissante. Un ranger nous donne quelques informations bienvenues. Le moment est venu de se plonger dans l’histoire et comme je suis loin d’être historienne, n’hésitez pas à apporter vos éclairages en cas d’erreurs ou approximations.
En 1941, de nombreux japonais habitaient Oahu et parmi eux quelques espions. Le Japon expansionniste se voit imposer un blocus commercial par les américains. Les deux puissances entrent en pourparlers afin d’éviter que conflit ne prenne trop d’ampleur.
« Pearl Harbor » peut être traduit par le « port de la perle ». Le site était connu pour la culture de la perle. C’est une rade en eau peu profonde, à laquelle on accède par un chenal de 400 m, très étroit. Cette base militaire est d’importance géostratégique dans le contexte de la 2nd guerre mondiale car entre les côtes Ouest américaines et le Japon.
Un message japonais demandant le plan du port et les emplacements précis des navires fut décodé par les services de renseignement américains en octobre mais jamais transmis au commandement de la base. Alors que, lors d’un exercice, le Général Harry Yarnell démontre la vulnérabilité d’Oahu en cas d’attaque aérienne par le Nord. De plus, par soucis de place dans la rade, les navires sont amarrés 2 par 2 et afin d’éviter les sabotages, les avions sont groupés aile contre aile.

Dès les premières semaines de 1941, les japonais peaufinent un plan d’attaque de Pearl Harbor mais doivent faire face à l’isolement de l’île face aux moyens techniques de l’époque et la faible profondeur de la rade, qui ne permet pas l’utilisation de torpilles.
L’ordre officiel d’attaque japonaise est donné le 2 décembre 1941.
Le 6 décembre le Président Roosevelt envoie un télégramme à son homologue Japonais, afin de reprendre les négociations interrompues la veille. Le même jour, les dirigeants japonais envoient un message codé à leurs négociateurs et ambassadeur à Washington. ils avaient pour ordre de le décrypter et le transmettre aux autorités américaines. Ce message important annonçait la rupture des relations diplomatiques entre les deux puissances. Le décryptage pris plus de temps que prévu pour les services japonais de Washington. Les américains qui l’avaient intercepté, ont été plus efficaces mais n’ont pas réussi à déchiffrer le dénier point, la déclaration de guerre.
L’attaque japonaise, est lancée à partir de 22 sous-marins, 5 sous-marins de poche, 8 bateaux ravitailleurs et 6 porte-avions sur lesquels, 400 avions (les fameux chasseurs Zéros et des bombardiers Kate).
Le 7 décembre vers 4h, un navire dragueur de mine américain signale la présence d’un sous-marin dans la rade. Ce dernier reste introuvable et les dirigeants de la base ne donnent pas l’alerte. A 6h37 un second est découvert et détruit.
Suite au décodage partiel du message japonais, le 7 décembre à 6h28, un télégramme d’alerte américain est envoyé à toutes les bases militaires du pacifique mais pour des raisons techniques, il arrivera trop tard à Hawaii.
A 7h Deux soldats américains basés près de la pointe Nord de l’île, repèrent la première vague de 183 avions approchant des côtes. Malheureusement, ils ne sont pas pris au sérieux par le nouveau lieutenant, pensant qu’il s’agissait de six B-17 venant de Californie pour ravitaillement.

A 7h30 un premier avion effectue une reconnaissance et donne le signal : « Pearl Harbor dort ». La première vague arrive sur la zone à 7h40 et l’alerte est donnée à 7h53. Le but de cette vague était d’utiliser l’effet de surprise pour bombarder les plus gros navires.

De 8h30 à 9h45 la seconde vague frappe de nouveau la base mais la DCA est enfin en alerte. Une 3ème vague fut avortée car jugée trop risquée. Cette dernière devait viser principalement les dépôts de munitions et de carburant.
Au moment de l’attaque, la base de Pearl Harbor comptait 25 000 hommes ; 300 avions ; 28 destroyers, 9 croiseurs, 8 cuirassés, 4 sous-marins, un cuirassé-cible et une trentaine de bâtiments auxiliaires.
Bilan de l’attaque :
Côté américain : 2403 morts, 1178 blessés (dont 68 morts et 35 blessés civils cause de bombes tombées jusqu’à Honolulu et 1177 mort rien qu’avec l’explosion de l’USS Arizona, pour lequel la bombe frappa directement une soute de munitions). Seulement 2 cuirassés définitivement détruits (Arizona et Oklahoma) ; 188 avions (rangés aile contre aile, ils représentaient des cibles faciles) ; 16 autres bateaux endommagés mais rapidement réparés (certain avant la fin 42). Les 3 porte-avions étaient absents de la base, ils sont intactes.
Côté japonais : 64 hommes, 29 avions et 5 sous-marins de poche.
L’attaque japonaises fut une réussite tactique mais un échec stratégique. La perte de 2 cuirassés et les porte-avions intactes vont permettent aux Etats Unis de faire évoluer leur tactique et développer la « Task force » (« force opérationnelle »). Il s’agit d’un groupement temporaire de différents navires ayant une même mission. Ex : la Task force du raid Doolittle. Et pour enfoncer le clou, cet événement engage les USA dans la 2nd guerre mondiale.
Nous continuons notre visite par le sous-marin Uss Bowfin et son musée :



Mis en service le 7/12/1942, l’USS Bowfin coula 15 navires marchands et une frégate puis servi dans la guerre de Corée pour l’ONU, devint navire école et fut remorqué jusqu’à Hawaii en Aout 79 pour devenir un navire musée et déclaré monument historique en 86.
Ses torpilles mettent fin à la carrière du Van Vollenhoven, un cargo Français de 691 tonnes ayant rejoint la flotte de Vichy après l’armistice. Un accord avec les japonais lui permettait d’effectuer des rotations entre la Cochinchine et le Tonkin ; le 26 novembre 1943 il est torpillé par l’USS Bowfin. Voilà pourquoi un drapeau français apparait sur le tableau de chasse du sous-marin (Photo ci-dessus).
Le navire musée permet de se rendre compte la vie de l’équipage dans un sous-marin de cette époque. Personnellement je déclinerais l’offre. Surtout si c’est pour avoir la couchette sur les torpilles 😉 Difficile d’imaginer que 10 officiers et 70 marins vivaient à bord de ce sous-marin de 95 mètres sur 8,3m au plus large…













La visite vaut vraiment le détour (surtout que nous avons le bateau pour nous seul), mais nous sommes heureux de retrouver un peu d’air frais et la lumière du jour.




Comment faisait l’équipage avec les odeurs de graisse, pétrole et cigarette… Oui oui, à l’époque on fumait, même dans les sous-marins.



Je vous fais grâce de l’arsenal de missiles exposé dans le parc. Traversons le chenal pour rejoindre l’île Ford à la rencontre de l’USS Missouri.
On l’avait déjà repéré ce matin depuis le parc du mémorial mais une fois sur le quai, on se trouve face à un monstre. Son petit nom : « Mighty Mo ». Nous avons la chance de le découvrir quelques jours avant les cérémonies commémorant l’attaque de Pearl Harbor. Le bâtiment est orné de fanions et drapeaux. Sur ce site aussi, nous croisons peu de touristes mais les vétérans (surpris de voir des français) sont biens présents pour nous raconter l’histoire du navire et de la Navy.





Cuirassé de 58 000 tonnes en pleine charge, sa quille fut posée le 6/01/41 à Brooklyn et il nécessita 3 ans de construction. Long de 271 m pour 64 m de haut et 33 m au plus large, il bénéficie de 8 chaudières à mazout et 4 turbines à vapeur, lui permettant de développer une puissance de 158 MW et peu atteindre une vitesse supérieure à 30 noeuds (55km/h). Il peut embarquer jusqu’à 3000 hommes. Côté armement, c’est aussi une démonstration de puissance pour l’époque : Chaque canon mesure 20 m, ils peuvent tirer des obus de 1225 kg sur 37 km avec une bonne précision.


Mais avec l’affirmation des portes avions, la stratégie change. USS Missouri ne rencontra que peu de situations de confrontation direct. L’âge d’or des cuirassés est révolue car l’ennemi arrive rarement à portée de canon. Il reste un symbole de la guerre du Pacifique.
Lui aussi sert pour la WW2 puis pour la guerre de Corée. Il est finalement démobilisé en 55. Mais en 1984, sous Reagan, il est rénové et modernisé pour la 1ère guerre du Golfe où il participe à l’opération Tempête du désert. « Mighty Mo » tire sa révérence en 1992, il est maintenant navire musée.
Son heure de gloire fut la signature des actes de capitulation de l’empire du Japon, dans une cérémonie orchestrée par le général Douglas A. MacArthur. Les actes furent signés par dirigeants japonais et les représentants des forces alliées, sur le pont de l’USS Missouri, le 2 septembre 1945 dans la baie de Tokyo. Pour la France, ou plutôt, le « gouvernement provisoire de la république française », le représentant était le général Philippe Leclerc de Hautecloque. Alors que la fin de la 2nd guerre mondiale en Europe est déclarée au 8 mai, la reddition de l’empire du Japon y mis définitivement fin le 2 septembre. Une plaque sur le pont signal l’emplacement de la table ainsi qu’une copie de l’acte (encore merci aux vétérans qui nous l’ont indiqué, on serait passé à côté…).





Anecdotes :
le représentant du Canada signa en dessous de son nom alors qu’il aurait dû signer au-dessus. Cela décala toutes les signatures suivantes. Les représentants japonais n’ont pas accepté l’acte en l’état. Le chef d’état-major prit alors l’initiative de corriger l’acte à la main.
Après la signature, lorsque la délégation japonaise quitta l’USS Missouri, une démonstration de force aérienne et maritime avait été prévue. Les avions avaient été chargés de bombes par « précaution ». Pour la petite vidéo d’époque c’est par ici : INA


La visite du cuirassé est assez longue, nous avons accès à de nombreuses pièces. La vie des marins est plus agréable que dans l’USS Bowfin mais la promiscuité y est encore bien présente. Des munissions passent au milieu des dortoirs et si vous êtes simple marin, ne cherchez pas l’intimité. C’est simple, il y a des couchettes de partout ! Par contre, on trouve à bord de nombreux snacks, boulangerie et restaurants, salle informatique, bibliothèque, clinique dentaire, poste…













En 98, la Navy officialise le transfert des soins du Mighty Mo à une association à but non lucratif. C’est elle qui entretien le navire et finance, principalement par la vente de billets, des projets comme la « Conning Tower » ouverte en 2018. Il s’agit de la superstructure s’élevant à environ 110 pieds au-dessus du pont principal. Le capitaine dispose d’une seconde cabine dont il se sert en mer.La conning tower est une tour de commandement blindée de 43 cm d’épaisseur.





Restons sur l’île Ford pour visiter le musée de l’aviation de Pearl Harbor.
Pierre est rapidement attiré par un joli camion rouge, garé juste devant la tour de contrôle d’où avait été émis « “AIR RAID ON PEARL HARBOR X THIS IS NOT DRILL” (Raid aérien sur Pearl Harbor X Ce n’est pas un exercice »). Le monument sera ouvert au public au printemps 2022.


En 1941, les hangars et avions de la base avaient été en grande partie réduit en cendre.



Nous avons 2 hangars à visiter ainsi qu’une joyeuse pagaille de chasseurs et divers hélicoptères sur un parking. Je vous en ai sélectionné quelques uns :








Je ne sais pas combien d’avions et d’hélicoptères sont présentés au musée et je ne compte pas vous en faire l’inventaire. La visite de Pearl Harbor est terminée, ce fut un petit marathon historique. J’ai été ravie d’en apprendre plus sur cet évènement historique qu’est l’attaque de Pearl Harbor,. J’espère que vous aussi, vous avez apprécié. Le prochain article sera plus touristique et bien moins historique 😉 A très vite
Aller hop, spécialement pour notre élève pilote Naïs, une dernière mosaïque d’objets volants (ou qui ont eu volés). Chaque appareil est identifié, cliquez sur une photo pour connaitre le nom 😉













Pour plus d’informations (en anglais) :
Musée de l’aviation : https://www.pearlharboraviationmuseum.org/
USS Arizona memorial : https://www.nps.gov/perl/index.htm
Battleship USS Missouri : https://www.ussmissouri.org/#
USS Bowfin : https://www.bowfin.org